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L'Axe Seine écrit son futur industriel

L'Axe Seine écrit son futur industriel : Interview de Philippe Enxerian, Président de l'UIMM Rouen-Dieppe

Philippe Enxerian, Président de l’UIMM Rouen-Dieppe

Organisée le 26 novembre dernier à « La Filature – CoWorking in Normandie » situé à Louviers (27), la soirée proposée par Rouen Normandy Invest (RNI) a permis à plusieurs intervenants de faire part de leur expérience et de leur vision pour le territoire. L’une d’elles, sans doute la plus impactante pour l’avenir de l’Axe Seine sur les prochaines décennies, mérite ici un focus particulier : le lancement de la filière Batterie en Normandie et la candidature à l’accueil d’une Gigafactory… Avec à la clef, des investissements annoncés de l’ordre de 6 milliards d’euros !

 

 

Sans une explication complémentaire, la seule terminologie de Gigafactory est de nature à susciter la curiosité et avec elle, l’envie d’en savoir plus. Et ce, d’autant qu’il s’agit tout simplement d’un sujet de nature à bouleverser l’industrie automobile du 21ème siècle, pas moins… Nous le savons tous, l’industrie automobile est en pleine mutation et la question des nouvelles mobilités, que le territoire métropolitain s’est déjà largement appropriée au travers du programme Rouen Normandy Autonomous Lab, en est un enjeu majeur. Mais à cette problématique s’ajoute également la fin de la vente des voitures particulières et des véhicules utilitaires légers neufs utilisant des énergies fossiles en France dès 2040*. Par conséquent, la montée en puissance des énergies alternatives, parmi lesquelles l’électricité (batterie ou hybride rechargeable) s’annonce d’ores et déjà renversante. Jugez plutôt : sur l’année 2019, la progression des immatriculations à la fois des véhicules électriques particuliers, mais aussi des véhicules hybrides rechargeables en France a été de +38 % par rapport à 2018** !

“ Sur le territoire de l’Axe Seine, de Vernon au Havre, nous disposons d’un ensemble d’excellence qui est à même d’accueillir la filière Batterie dont les industriels de l’automobile vont avoir besoin pour accompagner leur développement. Localement, vous avez Renault qui, après avoir révolutionné le marché automobile d’après-guerre avec la 4CV, a innové en intégrant la fabrication de ses moteurs électriques sur le site de Cléon, près de Rouen, dont la production connaît aujourd’hui un développement exponentiel”, explique Philippe Enxerian, président de l’UIMM Rouen Dieppe. Mais avec une batterie qui représente aujourd’hui près de 40 % du prix d’achat d’un véhicule électrique, les constructeurs européens risquent une totale dépendance vis-à-vis d’un marché chinois en situation de quasi-monopole sur leur fabrication.

“En constituant cette filière Batterie, l’objectif est d’organiser et de proposer aux industriels une offre cohérente et coordonnée qui va de la conception des batteries avec les écoles et laboratoires de Normandie, jusqu’à leur fabrication, puis leur utilisation et réutilisation avant recyclage. Des établissements qui, rappelons-le, sont déjà habitués à travailler aux côtés des industriels. Citons à titre d’exemple les trois établissements de recherche et d’enseignement supérieur du Madrillet : l’Insa Rouen Normandie, l’Esigelec et la faculté des sciences de l’Université de Rouen, tous impliqués dans l’expérimentation Rouen Normandy Autonomous Lab, dont la portée est aujourd’hui internationale. Une sorte d’économie circulaire de la batterie, localisée sur l’Axe Seine”, détaille Philippe Enxerian. Car à ses yeux, il s’agit du seul préalable à la décision d’un industriel spécialisé dans la fabrication des batteries pour venir s’installer dans un territoire plutôt qu’un autre. Et en la matière, la concurrence est rude…

“Pour faire face à l’accroissement de l’activité, les constructeurs automobiles vont avoir besoin d’une vingtaine d’usines de fabrication de batteries, ce que l’on nomme les Gigafactories – en raison des gigawatt nécessaires à leur fonctionnement – sur l’ensemble du territoire européen. Plusieurs sont déjà désignées, dont dernièrement l’usine Tesla de Berlin annoncée fin novembre 2019, mais la France ne pourra pas compter plus de deux sites similaires sur son sol. Il y a donc non seulement urgence à nous positionner, mais également à identifier des zones suffisamment vastes, permettant d’accueillir en proximité l’industriel et l’ensemble de la sous-traitance nécessaire à son activité”, poursuit-il.

Afin de proposer une offre concrète aux potentiels investisseurs, l’ensemble des acteurs locaux a réalisé un travail d’identification des implantations possibles. Pas moins de 500 hectares au total (entre 100 et 300 ha pour la Gigafactory à proprement parler, le reste pour la sous-traitance) ont été identifiés sur l’Axe Seine qui offre un double avantage. Celui de concentrer de nombreux acteurs de la filière déjà présents (constructeurs automobiles, équipementiers, concepteurs d’électronique embarquée…) dans un premier temps, mais aussi et surtout de figurer parmi les 144 territoires labellisés “Territoires d’Industrie” par le Gouvernement dans le cadre de la reconquête industrielle et le développement des territoires.

“Il s’agit pour nous d’une réelle opportunité”, s’est réjoui le représentant de l’UIMM. Car pour garantir l’attractivité de ces 144 territoires, le Gouvernement s’est engagé sur une série d’accompagnements spécifiques dont une forte mobilisation de la Banque des territoires, le Plan d’investissement dans les compétences ainsi que la simplification des demandes de dérogations administratives législatives et réglementaires des entreprises innovantes.

En faisant de l’Axe Seine l’épicentre de la filière Batterie en France, les acteurs du territoire métropolitain souhaitent bénéficier des inévitables retombées liées à l’émergence d’une telle structuration. Même si les chiffres restent à affiner, on parle de montants d’investissements voisins des 6 milliards d’euros et de quelques 10 000 emplois créés. “Si ce projet voit le jour, ce sera le plus gros investissement en France depuis la création de l’usine Toyota à Valenciennes”, assure Philippe Enxerian.

* Source : loi du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités, publiée au Journal officiel du 26 décembre 2019
**Source : baromètre annuel Avere-France – Association nationale pour le développement de la mobilité électrique

 

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